Elle regarde l'écran, silencieuse. A ses oreilles, la musique, en boucle, toujours... Ses doigts valsent sur les touches sans appuyer. Elle ne sait pas comment faire. Elle ne sait pas comment le dire. Elle ne sait pas quels mots utiliser.
J'ai envie de pleurer et en même temps je veux pas. Parce que c'est vraiment trop nul de pleurer toute seule dans sa chambre à 3h du mat. Parce que j'ai trop pleuré pour trop de choses. Ou peut-être parce que je suis de nature contradictoire, y'a de ça aussi.
Elle pense à toutes ces choses qui la composent et font ce qu'elle est. Elle pense au temps qui passe et qui s'emboîte avec le hasard et les coïncidences. Elle pense à sa naïveté, à son insouciance. Elle se demande si elle s'est fait manipuler.
Est-ce que j'aurai mal ? Est-ce que je me sentirai coupable ? Aha... Question idiote. J'ai toujours mal. Je me sens toujours coupable de tout. Est-ce que ça fera mal quand il sera plus là ? J'ai toujours regardé ça d'un oeil indifférent. J'ai toujours vécu dans l'idée qu'il puisse mourir le lendemain. Je suis préparée et en même temps non.
Elle se souvient de la conversation que sa mère a eu au téléphone. "J'ai peur du manque, en même temps, ce qui va me manquer je l'ai jamais eu." Elle s'en souvient, oui. A ce souvenir, elle avale sa salive qui a un goût étrangement amer. Elle déteste se souvenir de ces moments-là. Car elle sait très bien que ces mots, de l'autre côté du mur, elle voulait qu'elle les entende.
Je ne sais pas si ça doit me faire rire ou pleurer. Les gens ne comprennent jamais. Pas ceux de mon âge. Pas ceux à qui je parle dans la cour ou dans la rue. Ils ne conçoivent pas l'idée qu'on puisse détester sa propre famille, qu'on puisse ressentir une bouffée de haine rien qu'en y songeant par hasard. Est-ce que c'est mal ? Est-ce que c'est tellement anormal ?
"Tu crois que tu ... détesteras toujours autant ? Qu'un jour ça se calmera pas ?" Elle ne sait pas. Elle ne sait pas si elle a envie de pardonner. C'est trop facile. C'est trop simple. Elle a trop pardonné. Elle pardonne trop. Oui, elle pardonne, et les reproches qu'elle pourrait faire, elle garde. Car si ça explose, tout s'écroulera... Il faut bien que le peu qui tient encore tienne jusqu'à la fin, non ?
Je ... en veux. Oui, beaucoup. J'ai l'impression que c'est à cause d' / de ... si je suis comme ça. Je ne sais pas si je dois rire ou pleurer quand on me dit "Je sais pas comment tu fais" "A ta place je pousserai une gueulante". Des jours entiers j'ai envie de crier, de hurler, de taper sur les murs, de me frapper ou de frapper quelqu'un d'autre. Et là je me dis que je suis folle. Que je deviens folle en gardant tout. J'ai l'impression qu'un jour ça va éclater et qu'on va m'enfermer.
Il faut qu'elle parte. Qu'elle s'en aille. Elle regarde sa chambre. Un gros fouillis, enfin... Autant qu'elle peut se le permette. En tout cas un léger fouillis plein de couleurs. Elle songe à son futur chez elle. Elle veut qu'il soit pareil, plein de couleur et de murs. Elle se souvient de ce que ses amis lui disent tout le temps. "On se sent bien dès qu'on entre dans ta chambre." Elle pense au reste de la maison. Elle a froid. Elle a l'impression que le froid avance un peu plus chaque année. Maintenant il lui suffit d'être dans le couloir pour avoir froid. Il lui suffit juste de sortir de sa chambre.
J'en ai marre de ce froid. J'en ai marre de cette boule dans ma gorge. Envie de pleurer. Envie d'ouvrir la fenêtre. Envie de partir de chez moi en courant. Marre de ces nuits où je me réveille toutes les heures. Marre des cauchemars. Marre de ce monde qui s'accroche à moi.
Elle se souvient. Elle se souvient de ce qu'elle lui dit des fois. "Quand quelqu'un meurt, une personne qu'elle aimait et qui est morte vient la chercher." La ferme. Ta gueule. Boucle la. Elle déteste. Pourtant ça se rapproche. Le hasard n'existe pas. Où qu'elle aille ça recommence. Sans tout ça, elle aurait peut-être été quelqu'un de normal, quelqu'un comme les autres, comme tous ceux qu'elle voit dans sa classe.
"J'ai l'impression que les autres s'éloignent de moi. Je suis indispensable à personne dans la classe, enfin pas en tant qu'amie." "Tu impressionnes mal.". Ah oui ? Ce n'est pas une impression. Je sais ce que c'est d'être à l'écart. Je l'ai vécu quatre ans. Et ça a recommencé. Je pensais être quelqu'un d'autre. Je pensais être devenu quelqu'un capable de se sentir appréciée pour ce qu'elle est. C'est pas le cas. Le pire c'est quand les autres nient, quand ils n'osent pas avouer ce que vous êtes. J'ai perdu cette impression de faire partie d'un tout que j'avais l'année dernière. Qu'est-ce qui a changé ? Est-ce que je suis tombée sur une génération pourrie qui exclut en redoublant ?
Elle se rappelle ce qui faisait sa force. Elle se rappelle combien elle était sûre d'elle. Mais c'est fini, c'est cassé. Est-ce que ça recommencera jamais ? Elle espère. Ca doit faire du bien de se sentir aimé. Ca doit faire plaisir d'être dans des bras. Puis non. A cet âge, ça s'arrête. Ca s'arrête au lit. Elle a peur d'avoir mal. Elle a peur de se faire avoir. Elle a peur d'être mal comprise, d'être prise pour une autre. Elle a peur d'être trop manipulée. Elle croyait être quelqu'un n'ayant plus un besoin des autres excessif. Elle s'est fait avoir, encore.
J'ai envie de frapper. J'ai envie de dire réellement ce que je pense. J'ai envie de leur montrer à quel point ils font mal ces cons. Tu m'as fait mal, mais tu nies, tu veux même pas voir la réalité en face. Elle a envie déjà d'être vieille. D'être suffisamment vieille pour se tirer quelque part, ailleurs, loin, très loin. D'être auprès de quelqu'un. Quelqu'un auprès de qui elle n'aura pas peur d'être faible pour être ensuite rejetée. C'est à croire qu'elle a pas le droit d'être faible. Elle a envie de leur hurler. Je ne suis pas là pour te tenir ou te soutenir. Je ne suis pas là pour être ta mère. C'est pas mon rôle. Je suis pas une dame de fer. Elle ne peut pas rester debout sous tous les coups. Des fois, elle voudrait flancher, tomber. Mais non. Forte, il faut être forte. Elle déteste les faibles, ceux qui sont pas capables d'avoir suffisamment de volonté pour se battre. Elle en veut. Elle en veut à ceux qui ne le font pas.
"Plus tard, je veux que mon enfant me voit comme quelqu'un de fort, quelqu'un qui s'est battu pour y arriver. A quoi ça sert de traverser des épreuves, si on est même pas capable de lui montrer cet image ?"
A quoi ça sert ? A quoi ça sert ? A quoi ça sert de rester là, prostrée dans son lit, la tête entre les mains, puis de se lever, d'enfiler ses chaussures, de dire qu'elle va quelque part et surtout ailleurs puis de partir. C'est quoi le but ? C'est quoi la gloire ? Où est le mérite d'avoir fui ce froid ? Ces yeux glacials de poupées qui vous suivent jusqu'à la porte d'entrée, et sans ciller...Sans pleurer.


Commentaires
light my fire, please ...
Par jfred le 21/06/2008 à 06h56
il y a des gens qui sont doués pour faire ressortir ce qu'ils ont en eux. Sans doute en fais tu parti
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