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Ken no yami

 

 

Est-ce si étrange ?

 


 

Elle, elle est là. Evidemment. Imperturbable, comme à son habitude. Un masque figeant ses traits. La douceur a une dureté bien amère chez elle. Elle ne s’aime pas quand elle est comme ça. Pourtant, elle en est fière. Incroyablement. Intouchable. Et d’un sourire, elle tire le rideau.

 


 

C’est tellement agréable. Comme un couteau qu’on s’enfonce dans la main sans cesser de feindre l’immuable. La passivité. Ses doigts caressent, glissent, agiles, fées. Douloureux mais cela en vaut bien la peine. Pour cette fleur qui éclot, si lentement, dans sa poitrine. Tellement fragile que ça lui ferait presque mal. Ah. Un rire. C’est déjà fini. Les perles sont gelées, au bord de l’abîme, de l’irréparable. Ah, mais voyons, enfin… Qu’est-ce que tu peux me faire ? Mal ?

 


 

Et le couperet tombe. La mélodie cesse. Pour un temps.

 


 

Jusqu’à la prochaine fois. La prochaine épuration des sens.

 


 

Quand ses mains auront oublié. Quand le poids en elle la fera à nouveau chuter.

 

 

La tête d’abord, et la couronne la première.

 

 

Un tourbillon de neige et une avalanche de voiles et de parure qui s’étend, loin, si loin, dans cette étendue glacée, cette entendue si glacée, et qui l’enserre si fort, comprimant son souffle au creux de sa peau pâle. Pourtant sa voix sort tout de même, soupirs et cris tout à la fois. Et les doigts jouent leur rôle une nouvelle fois, les manches tombantes, contraintes d’accompagner la danse.

 

 

J’ai sorti les jouets et la porcelaine du placard, ta poupée aux boucles parfaites. Tu étais sa princesse. Son unique et éternelle. Une avalanche de dentelle sur ton corps. Les souvenirs de l’été et du printemps dans tes cheveux.

 


 

Parée, elle répète, encore et encore, ces mêmes gestes, l’anneau à l’auriculaire. Un rai de lumière passe et puis s’éteins. Les touches vibrent, dans leur blanc si éclatant. Et entre les murs : la mélodie. Ne pleure pas. Tu sais que je t’aime, n’est-ce pas. Ce n’était qu’un jeu, et combien il me manque. Combien elle me manque ta voix. Ta droiture et ton orgueil.

 


 

Mais il fait si noir ici. Si sombre entre les murs de glace et les étoffes de satin.

 


 

J’ai peur. J’ai peur, j’ai tellement peur. J’ai peur d’avoir mal. Peur d’avoir si mal.

 

 

Quand je me souviens que tu ne seras plus jamais là.

 

 

Je te vois, tu sais. Je sens, j’entends. Le silence à travers les notes. Ton non-souffle perdu et ton repos sans réveil. Dans les ténèbres. Je te revois, si froid et si digne. Et je te vois. Comme à travers un miroir qui pénètrerait, discret, y suis-je condamnée, dans ta demeure, la dernière, diffusant sa si faible lumière.

 


 

Ah, pauvre petite.

 


 

Que peut tout ton amour, tout cet éclat, ce feu en toi, pour ceux qui t’ont déjà été ravis ? Ne sais-tu pas à quel point elle est possessive, cette fiancée immortelle, envers ceux qui n’ouvriront plus jamais les yeux ?

 


Ce n’est qu’un miroir. Les miroirs, cela ne se brise pas. Cela ne se fait pas.

 

 

Alors, de l’autre côté, elle joue. Et lui, de l’autre côté, il n’écoute pas.

 

 

On ne peut pas ouvrir la porte et percer l’obscurité. Dans les rais de lumière, les sentences tombent. Une brèche qui s’ouvre entre la vie et la mort. Il ne faut pas.

 

 

Tu ne peux rien faire. Tu ne peux rien faire.


 

Elle aussi viendra, pour toi. Pour toi aussi, le sommeil sans rêves. Le silence. Noir.

 

 

Je ne veux pas. Je ne veux pas. Ecoute-moi. Ecoute !

 

 

On ne peut pas rester ici. Il ne peut pas rester ainsi. Seul. Seul dans son cercueil. Sans rien pour lui. Pas même ces sons qu’il chérissait tant.


 

J’ai mal. J’ai mal quand je me souviens de lui et de sa voix. Quand il me disait qu’il ne m’aimait plus.

 

 

Est-ce si mal de jouer pour le silence ?


 

Ecoute.

 


 

Tu n’es pas seul.

 


 

La neige a cessé de tomber. Les perles au sol, elle regarde le ciel. Un jardin d’après orage dans les yeux. Mécanique, elle referme le couvercle, et se redresse. Ses pas la mènent au seuil. Un seuil qu’il faut franchir.

 


 

Les brèches entre la vie et la mort, ça ne se fait pas.

 

 

Tremblante sa main prend le masque. Le prend et le remet sur son visage de marbre.

 

 

Elle quitta la chambre au lit trop rouge et au piano au bois bien trop sombre tout à coup.

 

 

Le rideau se baisse. Un autre spectacle pour demain. Et des tas d’autres encore.


 

Comment m’avez-vous trouvé ?

 

{ Let's play for the dead }

 

 


 


A partir de quand tout a-t-il commencé à changer ? Ou peut-être que dès le départ, quelque chose n'allait pas. Dès le départ, il y avait plein de failles. Tout était dit mais rien n'était prononcé. Il n'y a jamais eu de véritable commencement, de véritable naissance. 


 


Alors quoi ? On ne pourra jamais être heureux ? Je sais bien que toutes ces jolies idées, ça n'existe pas, que l'on n'a jamais pu tendre à la perfection. C'est pour ça que je n'ai jamais cru, jamais cru à tout ça. Quelque part, j'ai toujours deviné que je me faisais avoir. C'était trop facile. Pourtant, ma voix a rejoint celle des autres. 


 


Conformisme ?


 


Ennui ?


 


Ironie ?


 


Et quand je l'ai vu, qui croyait tellement à toutes ces choses, à toute cette utopie, mais qui en tirait tellement d'assurance, j'ai eu envie de rire. Et de pleurer. Je me suis demandée pourquoi je m'étais toujours refusée à tout ça, alors qu'au fond, c'était beau. La réponse m'a fait peur. Il continuait de parler, et mon regard soutenait le sien quand ce dernier se posait sur moi. J'avais envie de le défier, et de pleurer en même temps, dans cette église remplie d'élèves dont la majorité n'en avait rien à foutre d'être ici. C'était un devoir à accomplir. Le conformisme.


 


Je les méprise profondément. C'est ce que je me dis à chaque fois que je les croise. Quand je remonte la rue, quand je suis devant la porte, quand j'en franchis le seuil, quand je monte les escaliers, quand j'entre dans la classe... Bien sûr, il y en a dont je croise le regard. Est-ce qu'ils devinent ? Au fond, j'en ai envie, même si je me doute bien qu'ils s'en cognent complètement. La réciprocité. Ce n'est pas grave, j'oublie. 


 


On fait tous ça. On tarie les mots qui se bousculent au fond de notre gorge, tout prêts à être servi, mais qu'on ravale quand même. Parce que ça ne se fait pas. Après tout, qu'est-ce qu'elle y peut cette pauvre fille, si elle ne peut vivre qu'en s'habillant comme la dernière des pétasses, et lui, rien qu'en méprisant le reste du monde, ce mec pathétique qui ne se sent vraiment vivant qu'en regardant les défauts et les faiblesses des autres plutôt que les siens. Des purs produits de la société. Est-ce vraiment un mal ? Elle nous a tous engendré, cette société. Nul n'est meilleur qu'un autre. 


 


Si ça se trouve, ils n'ont aucune idée de l'opinion que je me forge. J'existe aussi peu dans leur monde qu'eux dans le mien. Je m'interroge toutefois, si j'y pense, c'est que, quelque part, ça compte non ? Ou alors, ça ne bougera jamais. Il y a des gens avec qui on n'est pas fait pour s'entendre. Donc dès le départ, il faudrait renoncer ? 


 


Ce n'est pas grave, il faut oublier. Je m'assied et je me tourne vers elle pour entamer la conversation. Même si, caché dans un coin, ça reste.


 


Qu'a-t-elle donc fait pour que je l'apprécie plus que les autres ? Je le sais pertinemment. Et ça me rend triste. Je préfère rester au stade de l'énervement et du mépris. Quand j'y pense trop, ça me donne envie de me lever en plein milieu du cours et d'aller tous les secouer. Et après, je sais bien ce qui se passera. Je n'ai pas envie de pleurer pour une cause perdue. Je déteste pleurer, surtout pour des gens comme eux. Dommage qu'il y en ait autant sur Terre. 


 


C'est pour ça que j'en ai eu tellement envie. Envie de partir. De m'éloigner d'eux. De briser ce putain de conformisme. Maintenant je me dis que c'est trop tard. C'est bien de pouvoir se bercer d'illusions quand on est jeune et conne. Je ne dis pas que je ne le suis pas toujours. Je ne serais pas en train d'écrire tout ceci sinon. Mais ça fait du bien de poser des mots sur ce que je ressens. J'ai l'impression d'être coincée dans une impasse, de m'être faite avoir sur toute la ligne. Je l'attends. Je suis patiente. Mais quoi ? Il faudra que je me retienne jusqu'à ce que je le rencontre et que je puisse enfin me déverser ? 


 


Et s'il n'était pas là ? S'il n'existait pas ? Si je ne le trouvais pas, déjà bien trop atteinte par cette société ? Que je n'en veuille pas, trop méfiante ?


 


Tu sais, le bonheur, j'y ai cru. Puis, je me suis souvenue qu'on pouvait être trahi, oui, encore une fois. C'est bien fait pour ma gueule. Il y a des leçons qu'il faut retenir dès la première fois. Et pourtant, la première fois avait coûté suffisamment cher. Quatre ans de silence. Mais c'est bon, j'ai compris. Ca fait mal, bien sûr, mais c'est enregistré, même si je lui en veux. Elle aussi, j'ai envie d'aller la voir et de la secouer. Si je m'écoutais, je deviendrais violente je crois. Mais ça ne se fait pas. Le conformisme. 


 


Il faut bien la remercier pourtant. Ou pas. Est-ce vraiment une bonne chose de se dire que l'on peut être trahi par n'importe qui, même une meilleure amie, au moment où on s'y attend le moins ? Je lui en veux. Enormément. Je lui en veux pour m'avoir fait croire à ses paroles et croire en elle. On ne peut faire confiance à personne alors ? Et si ce n'était que moi, j'ai l'habitude, tu sais. Mais elle, elle n'avait vraiment pas besoin que tu lui fasses ça. Qu'a-t-elle donc fait pour que je tienne autant à elle ? C'est si simple. Elle a été spontannée, elle-même, sincère, même pour dire ce qui ne plaisait pas forcément. Elle n'a pas cherché à m'amadouer. Quand je vois des personnes comme elle, c'est dans ces moments-là que je me dis que j'ai de bonnes raisons de mépriser le reste. De mépriser ces personnes à cause de qui j'ai tellement peur de m'engager.


 


J'ai peur. J'ai peur d'avoir mal au contact des autres. J'ai peur de leur faire mal aussi facilement que l'on peut me faire du mal. J'ai peur qu'on m'en veuille, et pourtant je me sens incroyablement méchante quand je m'aperçois de la facilité avec laquelle j'en veux aux autres, à quel point je peux être sèche et cynique avec eux. Et si à cause de tout cela je ne le rencontrai jamais ? 


 


Je ne veux dépendre de personne. Ca me fait peur, ceux qui ne peuvent pas vivre sans être en couple. Je ne veux plus souffrir à ce point à cause d'une tierce personne, et si à cause de ça je le rejettais ? Et si à cause de mon incertitude, de ma non-assurance vis-à-vis de moi-même et de mon corps il ne voulait pas de moi ? Et quand le croiserai-je ? Dans combien de temps ? Est-ce qu'il va falloir que je continue à être forte et froide jusque là ? A mépriser autant le reste du monde ? Pourtant, il y a de ces moments, où ça cesse. Quand je suis avec eux, tout ceux auxquels je tiens, que je défends farouchement contre les autres. Les autres que je déteste tellement. Il y a cependant la petite voix, toujours là. N'importe qui peut te trahir à n'importe quel moment.


 


Pourquoi restes-tu avec moi ? Qu'est-ce que je t'apporte ? Et le jour où je cesserai de te l'apporter, est-ce que tu te détacheras de moi ? 


 


Il ne faut pas y penser. C'est se faire du mal inutilement, et je n'en ai vraiment pas besoin. Il faut profiter de l'instant présent, penser à l'avenir. Assurer mon avenir à moi, au lieu de penser à ma rencontre avec lui. Il faut d'abord que je sois forte pour moi. Mais l'avenir aussi me fait peur. Pourtant, j'ai hâte. Quitter cette école catholique pourrie, dans laquelle je ne me suis jamais sentie vraiment à ma place, depuis la 6e où tout le monde la méprisait, cette petite fille à grosses lunettes qui ne savait pas s'habiller correctement, jusqu'à la terminale où on se souvient d'elle comme autrefois, où on ne voit pas de raison de s'approcher de cette jeune fille qui ne fait même pas son âge, qui s'habille en noir et qui regarde tout le monde d'un drôle d'air, sans rien dire. Si vous saviez... J'ai tellement envie de tout balancer. J'y croyais vraiment. Aller en Inde, faire de l'humanitaire, en Afrique, j'ai toujours eu envie de donner des cours. Mais comment faire correspondre tout ceci ? Faire du théâtre et de l'humanitaire en même temps...


 


Alors on reporte à plus tard. Cela sera déjà bien de se détacher de cet univers de bourge, d'aller dans un conservatoire, ou une école, des cours, faire ce que j'ai toujours eu vraiment envie de faire. J'ai des projets, même s'il me reste un arrière-goût amer et difficile à avaler. Je resterai à Paris, en France. J'ai de quoi m'occuper. Le code. Le permis. Mes écrits. Le théâtre. La mythologie. Les contes. La symbolique. J'ai tellement envie d'étudier tout ça. Ce n'est pas grave si on ne me trouve pas de fac ou de prépa qui enseigne tout ce côté de la littérature, je me débrouillerai toute seule. Ce qui me fait peur, c'est l'attente. Attendre d'être indépendante. Même le déménagement me fait peur. J'aurais voulu que tout reste figé, jusqu'à ce que je puisse prendre mes bagages et partir. Je n'ai pas envie d'habiter dans un autre lieu. Pas avec elle. Avec elle aussi, je me sens tellement injuste quelquefois. Elle va mieux. Beaucoup mieux.


 


Mais là encore je ne peux pas m'empêcher de lui en vouloir. J'aurais aimé plein de choses. De la sincèrité dans un monde qui en manque tellement. 


 


"T'es quelqu'un de vachement terre-à-terre en fait !"


 


"T'es la plus responsable de nous trois !"


 


Tu sais, ce n'est pas vraiment ça. J'ai pris un carton, et j'y ai rangé tous mes rêves, même lui, que j'ai tellement envie de rencontrer, toutes mes illusions. Mais je les garde pour plus tard. J'attends le bon moment pour le rouvrir. J'ai des choses à faire, je ne suis encore qu'une gamine. Je veux plus d'assurance avant de pouvoir me permettre d'espérer. Être certaine que je suis suffisamment forte pour rendre concrets ces rêves. Je veux m'élever seule. Jusqu'à ce que je le rencontre. Je ne veux pas qu'il me ramasse, je veux être quelqu'un de fort, de plus épanoui que maintenant. Je veux qu'il soit fier de moi. Même si je ne le connais pas encore. Tu vois, si tu ouvres cette boîte, il y aura un futur que j'aurais construit toute seule, sans dépendre de personne, il y aura notre rencontre, lui, et tout ce qui s'ensuivra, ces êtres si merveilleux que je porterai et que j'aimerai plus que ma propre vie. C'est mal de croire au prince charmant, ce n'est qu'un idéal de lui que je m'invente avant de le rencontrer. C'est pourquoi je me rappelle toujours que ce n'est pas pour lui ou une tierce personne qu'il faut que je me batte, c'est pour moi. 


 


Mes rêves, je les garde, des fois je les fais rejaillir sur le papier. Toutes ces histoires qui germent dans ma tête. C'est ça qui me permet de continuer, ça, et des gens comme toi à qui je m'accroche, parce que j'ai confiance en eux. Je ne dis pas que c'est bien. Peut-être que j'ai tort de douter de vous. Je ne dis pas que c'est mal cependant. Je ne veux plus souffrir, c'est tout. Je veux me battre. Me battre contre toutes ces choses, toutes ces personnes qui m'énervent tellement. 


 


Parce que le paradis n'existe pas.


 


(Je m'excuse pour cet article de blablatage sur tout et n'importe quoi. J'admire le courage de tout ceux qui ont lu, et surtout qui ont compris, et je les en remercie. Sachez que ça fait du bien d'extérioriser, même si je ne pense pas vous l'apprendre. Et d'être sincère avec soi-même.)

~ Les murmures ~

Promise (reprise) ~ Silent Hill  


Elle se replia un peu plus dans le coin de sa chambre, son cœur battant à toute vitesse contre la joue glaciale de Nina qui, les yeux secs, l'écoutait tentant de déchirer la peau pâle et juvénile pour s'en extraire et en finir. Un frisson la parcourut et elle finit par heurter le mur, les mains crispées sur le corps rigide, tellement plus solide que le sien. Nina ne pleurait jamais. Nina ne connaissait pas la peur.

Un instant, encore. Il suffisait d'attendre.

Un souffle frais dans son cou. La morsure de doigts se refermant sur ses bras. Tout s'assombrit. Elle cria et partit en courant.

« Aisleen ? Qu'as-tu ? »

Ce n'était qu'un murmure, inexistant, tellement qu'elle ne le perçut pas, trop occupée à trembler, enfouissant son visage contre la soie douce, quémandant des caresses qu'elle ne sentait même pas tant elles étaient légères. Sa mère n'avait pas non plus d'odeur, tout son visage lui paraissait flou et, les yeux remplis de frayeur qui lui dégoulinait sur les joues, elle réalisa qu'un être aussi peu ancré dans ce monde ne lui apporterait aucune aide. Mais ça ne l'empêchait pas de l'aimer, de trouver une once de réconfort dans le seul toucher qu'elle pouvait lui apporter. Douce, elle était si douce... Un voile que l'on pouvait déchirer si aisément...

Et comment aurait-elle pu risquer de l'entailler seulement ? Elle ferma les yeux et s'entendit marmonner des paroles de réconfort, cherchant l'excuse dans les mots qu'elle sortait au fur et à mesure des secondes où sa mère caressait ses cheveux, effleurant les boucles. Elle-même suivait le geste, serrant Nina, la berçant, l'apaisant comme un tout petit enfant... Ce n'est rien, ce n'est rien... Demain, tu auras tout oublié... Déjà, la jeune femme tournait un regard rêveur vers la fenêtre, la délaissant pour admirer le paysage au-dehors. Elle quitta les vagues de tissu et de dentelle puis partit, s'engouffrant à nouveau dans les profondeurs du manoir.

Tu es tout seule...

Ce n'était même pas pour se faire du mal ou s'apitoyer sur son sort. C'était une réalité pure et simple qu'elle avait acquis avec le peu d'années qu'elle vivait ici.

Les autres ne comprennent pas... Ils ne le peuvent pas... Ils n'appartiennent pas à "ton" monde...

Il y avait comme une barrière. Une cruelle barrière qui faisait qu'elle les voyait, elle et rien qu'elle, et de ce fait, elle n'appartenait pas à la réalité. Ou en tout cas pas à la réalité dans laquelle vivaient ses parents. Si tant est que la bulle dans laquelle ils cohabitaient pouvait être appelée réalité.

Personne ne peut te comprendre... Comment le pourraient-ils ?

Nina n'était qu'une mince compensation. Dans son innocence, elle pensait qu'il la comprenait, ce petit être de porcelaine sans paroles, et pourtant, quelque part, l'inexorable vérité prenait peu à peu sa place dans son esprit, comme tout le reste, survenant brutalement. Nina ne serait jamais une source de réconfort. Être sans âme, tout son corps appartenait à ce manoir perdu au fin fond du pays, n'attendant que le moindre souffle de vent pour ne plus devenir qu'une entité de plaintes et de souffrances qu'elle seule percevait. Et Nina aussi faisait partie de ces plaintes innombrables.

Il suffit de peu de choses pour comprendre. Un réveil durant la nuit noire. Les yeux brillant dans la pénombre de la chambre. Et le grincement incessant. Et ces mêmes yeux qui vous fixent, sans bruit.

Nina pleurait. Oh que oui, elle pleurait.

Nina mourut, jetée violemment par la fenêtre, et se brisa en mille morceaux dans le jardin. Mille autres plaintes de plus dans le cauchemar d'Aisleen, carnaval de fantômes et d'ombres... Mais c'est si peu comparé aux monstres. Les monstres existent, ce que l'on ne dit pas dans les livres c'est qu'ils se cachent très bien.

Elle l'aimait cependant, aussi fort qu'elle aimait cette dame emmitouflée de chutes de soie et de dentelle. Il était si grand et si fort à côté, semblable à un arbre inébranlable, fier et sûr de lui. Elle le voyait peu, et quand elle était face à lui, elle se sentait tellement chétive et impuissante sous son regard dur et impitoyable qu'elle préférait l'observer de loin, peureuse. Quelque part, elle l'admirait, enviant sa facilité à dominer. Jamais il ne lui serait venu à l'idée que son père put être un incompétent rempli d'orgueil et sûr de sa réussite. Pour elle, s'il était aussi certain de ses victoires, c'était parce qu'il allait réussir irrévocablement.

Et pourtant c'était un être plein de failles.

Levias del Caerwyn avait tout reçu sur un plateau d'argent, sans effort aucun. Il ne connaissait que l'aboutissement de la réussite, non pas les épreuves qui y menaient. Ce n'était pas un être stupide cependant, la seule chose qui l'avait condamné était sa naissance. S'il avait été pauvre, il aurait usé de sa grande intelligence pour gravir les échelons, mais il n'eut nul besoin de l'utiliser. Il en fit usage une seule fois, devinant qu'en obtenant la main d'Eanna il accumulerait plus de richesses qu'en se mariant avec n'importe qui.

Cela lui épargna beaucoup de travail, et sans doute se déchargea-t-il encore plus de cette charge par la suite. Tout lui avait été donné, tout avait été fait à sa place. Il ne concevait pas que cela puisse changer et qu'il doive s'occuper des terres léguées par ses géniteurs tout seul. Son seul rôle se limitait à ramasser les impôts chez ceux qui voulaient bien le servir et d'en user comme bon lui plaisait. Son égoïsme était naturel, il n'imaginait pas une seule seconde qu'ignorer sa femme après avoir partagé son lit avec elle jusqu'à une naissance, et qu'ignorer l'être résultant de cette union parce qu'il n'était pas de sexe masculin, puisse être quelque chose de mal.

Son monde se limitait à son argent et à tout ce qu'il pouvait s'offrir avec. Jamais il n'eut l'idée d'y inclure cette petite fille qui l'admirait éperdument.

Aisleen ne lui en tint jamais rigueur. Tout comme lui reste, cela lui semblait naturel qu'elle soit en-dessous, et le vide au creux de son ventre qui s'agrandissait un peu plus chaque jour avait tout autant de raison d'être. C'était ainsi, on ne pouvait rien faire contre. Pourquoi lutter contre ce qui devait être ?

Aussi, elle observa d'un air calme la descente aux enfers, ne se doutant même pas que cet homme l'entraînait dans sa chute. Sa confiance en lui mêlé à son fatalisme firent qu'elle n'eut pas l'idée d'intervenir, et qu'aurait-elle pu faire de toute façon ? Que pouvait-elle faire, à part l'épier, aux heures les plus tard de la nuit, encerclée par les ombres qui rampaient jusqu'à lui, lui qui rentrait, trébuchant et pourtant plein de dignité, tentant d'échapper à leurs doigts noirs et crochus... Quelque part, à l'impassibilité se joignait une pointe de peur mais aussi d'intérêt.

S'il tombe dans les ombres de mon univers alors, il intègrera mon monde...

Ne plus être seule...

Ah, mais petite fille, ne vois-tu donc pas que tu vas l'être plus que jamais ?

Ça commença par un cri déchirant la pénombre, surgi des bas-fonds du bâtiment. Elle, elle était déjà éveillée, évoluant dans un demi-sommeil qui lui était familier depuis déjà huit années et, le cœur battant, elle percevait tout, les ombres tournaient, s'agitaient, grimpaient, quémandant, mais elle les craignait trop pour savoir quoi. Effrayée par trop de choses en même temps, elle jaillit hors de sa chambre et s'enfonça dans les ténèbres, jusqu'à percevoir la lumière.

C'était des dizaines de bougies allumées aux quatre coins de la pièce, y faisant régner une inhabituelle chaleur à laquelle seule l'odeur écœurante pouvait rivaliser. Elle assaillit son nez, se collant à son corps tandis que la couleur pourpre agrippait ses yeux, l'aveuglant de vérité. Car comment n'aurait-elle pas pu voir le cadavre au sol et lui au-dessus, tous les deux poisseux de sang ? Au début, elle ne réalisa pas, ne pouvant croire que l'homme illustre qu'était son père ait pu faire une telle chose, mais la vérité était là, souillant le visage de sa mère, ses yeux pleins d'eau et ses cheveux autrefois si beaux où avait brillé le soleil.

Levias del Caerwyn, le seul homme comptant de sa vie encore si jeune, se tourna vers elle, et elle, tremblant sans s'arrêter, recula, voyant dans ses yeux les ombres dansantes et ricanantes, comprenant qu'elles l'avaient attiré jusqu'à elle. Maintenant, il faisait partie de son univers, mais pas de la manière dont elle l'aurait souhaité. Dans ce monde, il lui était supérieur car bien moins innocent qu'elle. Et elle comprit à quel point il était impur quand il la saisit par le bras, lui chuchotant des paroles mielleuses qui se voulaient rassurantes. Elle tenta de se dégager, et alors, tout bascula. Elle ne pouvait plus que voir le plafond, et que sentir son poids sur elle, la chaleur du chandelier qu'il tenait tout près d'elle.

Sa bouche s'ouvrit, hurlant sous la brûlure, et les ombres s'y engouffrèrent, la noyant dans leur noire substance.

A défaut de raconter ma vie, encore une histoire pour un de mes personnages de jeu de rôle, crée il y a deux ou trois mois maintenant, pour ce forum (la pub ne fait jamais de mal =p) ! Bonne lecture, et merci de me lire et, si jamais il y en a qui le font, de faire un petit tour sur le forum fraîchement crée (et pas encore lancé, aha) !

 

~ Prélude ~  



Dans un brouillard teinté de noir et de blanc... Des murmures et des rires dans les oreilles... Et des pleurs... Toujours des pleurs, inéluctablement...

Des pleurs d'enfant dans le noir, si sombre noir...

« Eanna ? Eanna ! »

Tu ne sais pas qui te parle, à qui appartient la main posée sur ton épaule, et le soupçon d'impatience dans la voix... Et c'est comme une marionnette que tu le laisses prendre ta main, il remplit si bien son rôle, l'effleurant à peine de ses lèvres...

« Ce n'est rien, je comprends... »

Puis tu te souviens, et tu as froid, mais ça, ce n'est pas très grave, tu as toujours froid dans ce monde capitonné, ce monde où tu as appris à ne pas respirer... Et c'est d'une voix qui ne semble pas être la tienne que tu réponds mécaniquement :

« Être votre épouse serait mon plus grand plaisir... »

Il sourit. Plus tard, tu seras emmaillotée d'une robe vaporeuse et blanche, un bouquet dans les mains, il te passera un anneau au doigt, et tu ne sauras pas vraiment pourquoi...

Et puis il y aura eux, toujours eux, en train de rire en te pointant du doigt, mais ça, ce n'est pas grave...

Tu as l'habitude...

Et tu pourras continuer à rêver d'un monde meilleur...

Un monde où tu n'étais pas cette enfant pleurant et suppliant personne.

Personne, personne ne pouvait le voir, alors Personne n'existait pas.

Et s'il n'existait pas, alors c'est que tu es folle.

Les folles n'ont pas leur mot à dire dans cette histoire.

Pleurer en silence

le 04/07/2009 à 22h54

Les poissons ne pleurent pas
Ou alors ça ne se voit pas
Peut-être nagent-ils dans leurs larmes ?
C'est un chagrin qui a du charme

Ca s'ignore comment la tristesse ?
Comment cacher ce qui nous blesse ?
A ceux qui demandent si ça va
On peut pas répondre ça va pas

Et personne ne sait consoler
Un vague à l'âme trop singulier
Ils vous répondent ça va passer
Mais moi je sais que ça va rester !

Pleurer... en silence
Quand l'orgueil s'en mêle
Faut que je reste belle
On me regarde

Alors j'aurai mal en silence
Et je crierai sans faire de bruit
Il faut que je ris il faut que je danse
Je voudrais pas que ma douleur s'ennuie

Et personne ne sait consoler
Un vague à l'âme trop singulier
Ils vous répondent ça va passer
Mais moi je sais que ça va rester !

Pleurer... en silence
Quand l'orgueil s'en mêle
Faut que je reste belle
On me regarde

Les poissons ne pleurent pas
Ou alors ça ne se voit pas
Peut-être nagent ils dans leurs larmes ?
C'est un chagrin qui a du charme

 

Mélissa Mars